100 ans plus tard, le génocide arménien n’est reconnu que par une poignée de pays ou organisations internationales

Publié le par Campus-j

100 ans plus tard, le génocide arménien n’est reconnu que par une poignée de pays ou organisations internationales

De 1915 à 1916, à peu près un million et demi d’arméniens constituant entre les deux tiers et le trois quart de la population arménienne locale furent massacrés sur le territoire de l’actuelle Turquie et ce malgré le maigre soutien de l’armée russe et de la marine française en 1915. De nombreux criminels, regroupés dans ce qui sera connu comme l'« Organisation spéciale », ont été libérés par les autorités à cette fin macabre.

La reconnaissance politique du génocide arménien à travers le monde fait encore l'objet de débats et de controverses. En avril 2015, le génocide est reconnu par les parlements de vingt-et-un pays et tout récemment les parlements hollandais, autrichien, syrien et allemand et le Vatican via le pape François.

Outre le fait de ne pas reconnaitre ce génocide, certains Etats sont dans la négation pure et simple de ce crime contre l’humanité. Bien évidement la Turquie figure en tête de liste. Lors de la fondation de la République de Turquie, nous aurions pu nous attendre à une reconnaissance du génocide arménien pour créer une rupture avec l’ancien parti au pouvoir. Mais la réalité est tout autre. Des membres du parti nationaliste révolutionnaire Jeunes-Turcs qui contrôlaient le pouvoir de l’empire Ottoman à partir de 1909, et donc responsables du génocide, fonderont les bases de la République de Turquie après la première guerre mondiale. Le gouvernement turc n’acceptera probablement donc jamais ouvertement que parmi les fondateurs de la République de Turquie, subsistaient des criminels de guerre. Peut être pouvons-nous voir ici une des raisons de la non-reconnaissance du génocide ? En effet, une reconnaissance du génocide ébranlerait les fondements mêmes de l’identité turque et de l’Etat dont la devise nationale est « Paix dans le pays, paix dans le monde ». Hormis la stabilité de la République, la Turquie pourrait perdre bien plus en reconnaissant le génocide. Elle pourrait être contrainte à payer une indemnisation pour les préjudices humains, moraux et matériels (comme l'Allemagne a dû le faire après la seconde guerre mondiale), voire de restituer des territoires à l'Arménie (cette dernière ayant perdu environ 90% de son territoire suite au génocide et à la première guerre mondiale). Cela constitue des enjeux financiers et territoriaux importants pour la Turquie. Le génocide arménien est donc devenu un sujet tabou en Turquie. Des procès récents faits à des personnes s'exprimant au sujet du génocide (notamment Orhan Pamuk), montrent que le Code pénal turc (article 301) permet de poursuivre des défenseurs des droits humains, des journalistes et d’autres membres de la société civile exprimant pacifiquement une opinion dissidente. Les sanctions peuvent notamment comprendre la destruction de toute la bibliographie de l’auteur, ainsi qu’une peine pouvant aller jusqu'à 3 ans de prison. De plus, le code prévoit (article 305) une punition de trois à dix ans de prison et d'une amende tous « actes contraires à l’intérêt fondamental de la nation » ; la peine pouvant être étendue à quinze ans de prison si cette opinion est exprimée dans la presse.

La Turquie continue donc malheureusement de nier le génocide. Elle qualifie ces événements de « faits de guerre » et se contente de jouer sur le sens du mot génocide, malgré la reconnaissance du parlement européen d’un génocide en bonne et due forme selon les critères du droit international. Un génocide désigne, par définition, la tentative d'extermination intentionnelle et organisée d'un peuple. L’argumentation Turque repose donc sur trois grands axes : une contestation de l'ampleur du nombre de victimes, la remise en cause d'une préméditation de la part du gouvernement Jeune-Turc et le retournement de la culpabilité. Mais pour la première fois, le 23 avril 2014 le Premier ministre (aujourd’hui président) turc, Recep Tayyip Erdogan, adresse, dans un communiqué, les condoléances d'Ankara aux « petits-fils des Arméniens tués en 1915 ». Maigre consolation, mais pouvons-nous considérer ceci comme un premier pas vers une reconnaissance du génocide ? Quid des autres Etats ?

Aussi ahurissant que cela puisse paraitre, l’Etat d’Israël ne reconnait toujours pas non plus le génocide arménien, et ne compte pas changer son fusil d’épaule de si tôt. Comment se fait-il qu’un pays ayant aussi vécu un monstrueux génocide ne reconnaisse pas le génocide arménien ? Triste ironie du monde dans lequel nous vivons... En effet cela s’explique par des accords stratégiques entre les deux pays que ce soit sur le plan militaire, hydrique, ou technologique. La Turquie étant le seul pays avec qui Israël a de tels contacts, il est donc difficile d’imaginer cette dernière se mettre à dos son seul allié de la région. Malheureusement, l’actuel président israélien Reuven Rivlin, autrefois fervent défenseur de la reconnaissance par Israël du génocide arménien, a changé de position sur cette question sensible afin, selon la chaine israélienne Arutz 10, « de ne pas nuire davantage aux relations déjà très tendues entre Israël et la Turquie ». De même, afin de garder leur alliance avec la Turquie intacte, l’Angleterre, les Etats-Unis ou l’Australie pour ne citer qu’eux ne reconnaissent qu’un « massacre d'ampleur » mais refusent de parler de « génocide »…

Dans un monde où les pays sont des monstres de pierre qui ne reconnaissent que des intérêts, l’Arménie peine encore à faire reconnaitre son génocide. Quoi de mieux que le centenaire du génocide pour un nouveau départ vers une reconnaissance plus étendue de ce douloureux événement ?

 

Jean-Paul Sahakian, FM

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