L’Armée libanaise de 1916 à 1969

Publié le par Campus-j

1916-1945 : Formation d’une armée libanaise placée sous commandement français

En 1916, en pleine Première Guerre Mondiale, les Alliés ouvrent un nouveau front au Moyen-Orient. La France place un détachement de militaires en Palestine (Détachement Français de Palestine-Syrie – DFPS), dans lequel elle intègre une Légion d’Orient, composée de soldats libanais, syriens et arméniens. Cette troupe a pour mission principale de combattre l’Empire Ottoman. Elle jouera un rôle très important dans l’offensive alliée de 1918 et dans l’occupation de la Palestine, du Liban et de la Syrie.

En 1919, la Légion d’Orient est renommée Troupes Françaises du Levant (TFL). Elle regroupe les éléments français d’Arabie, d’Egypte, de Syrie et d’Arménie. Les TFL sont articulées en deux brigades mixtes, une en Syrie et une en Cilicie et on leur accorde la nomination d’ « Armée du Levant». Auparavant, la Légion d’Orient est scindée en deux par les autorités militaires françaises, qui créent une Légion Syrienne (composée de syriens et de libanais) et une légion spécifiquement arménienne. Ces armées sont des armées de minorités. Côté syrien, les Alaouites dominent. Côté libanais, ce sont les chrétiens qui sont majoritaires. C’est la stratégie classique du colonialisme, qui privilégie l’alliance avec les minorités ; une alliance qui paraît plus « naturelle » avec les chrétiens du Liban, notamment les maronites du Mont-Liban, qui sont traditionnellement tournés vers l’Occident.

La Légion Arménienne est dissoute le 1er septembre 1921. La Légion d’Orient devient alors la Légion Syrienne, mais garde sa composition mixte libano-syrienne. Elle se renforce et se fortifie pour dépasser, du point de vue armement et efficacité, la Légion d’Orient. Le commandement militaire français décide de réformer toutes les organisations militaires présentes au Moyen-Orient. C’est ainsi que se constituent les Troupes Auxiliaires du Levant (TAL) chargées de former les cadres, les officiers, sous-officiers spécialistes et techniciens de toutes les armes, tout en les préparant à devenir autonomes. Ces troupes englobent, outre la Légion Syrienne, les différents organes nécessaires à leur bon fonctionnement : c’est le gouvernement français qui se charge des dépenses. En 1921, la Légion Syrienne est dotée d’une Ecole Militaire qui lui est spécifique, où sont formés ensemble les officiers, les sous-officiers et les traducteurs libanais et syriens. À partir de 1924, les gouvernements libanais et syriens commencent à aider la France en matière de dépenses militaires. La mission de ces troupes consiste à maintenir l’ordre et défendre les États du Levant et les voies de communication de l’Armée du Levant.

A la suite de la révolte druze en 1925, les Troupes Supplétives du Levant sont créés. Ces troupes, très bien formées, bénéficiant d’une grande mobilité tactique, ont formé le moyen de répression le plus énergique parce qu’elles « employaient les mêmes méthodes de combat que les bandes qu’elles devaient réduire ». Elles se montrent très maniables et efficaces. Formées de plusieurs minorités de la région (arméniens – kurdes – maronites – druzes), elles constituent des unités d’élite très distinguées au combat.

En Avril 1929, les escadrons de Chasseurs sont réorganisés en deux groupes qui vont former le noyau de la future armée libanaise. En avril 1930, le premier groupe devient le premier Bataillon de Chasseurs implanté à Marjeyoun, le deuxième groupe forme le deuxième Bataillon de Chasseurs implanté à Fayadiyé. Il faut attendre la création des Troupes Spéciales du Levant (TSL), pour voir une première distinction opérationnelle entre les deux contingents libanais et syrien.

En 1939, alors que les campagnes de la Deuxième Guerre mondiale s’annoncent dans la région, les Bataillons de Chasseurs et les Escadrons de Cavalerie Libanais, auparavant spécialisés dans le maintien de l’ordre, sont réorganisés, dotés d’armements lourds et intégrés dans les effectifs de l’Armée Française du Levant, qui doit combattre les puissances allemandes et italiennes. L’armistice de 1940 entre la France et l’Allemagne nazie fait apparaître les premiers clivages politiques au sein des troupes libanaises dont certains responsables désertent, avec hommes et bagages, pour rejoindre Catroux et l’armée de De Gaulle en Palestine. Les effectifs des Troupes Spéciales du Levant sont estimés à 22000 hommes en 1942. Les libanais et les syriens qui forment ces troupes participent, aux côtés des Forces Françaises Libres, à la bataille de Bir Hakim, où ils prouvent leur qualité et leur valeur.

Après la prise en main du Liban et de la Syrie par la France Libre, les autorités militaires françaises créent le 25 avril 1943 la 5e Brigade Libanaise de Montagne, destinée à prendre sous son contrôle toutes les unités libanaises. Le 22 Novembre 1943, c’est l’indépendance. Le transfert de l’armée aux autorités libanaises commence. Le troisième Bataillon de Chasseurs du Liban passe sous le contrôle du gouvernement national, mais le gros des troupes libanaises reste toujours incorporé dans l’armée française. Le 8 Juillet 1944, le général Beynet déclare que les Troupes Spéciales seraient transférées aux gouvernements libanais et syrien. La date du 1er Août 1945 est choisie pour la passation des troupes sous commandement libanais et syrien. A partir de cette date, le commandement de l’armée libanaise est pris en charge par le colonel Fouad Chéhab. Le 31 Décembre 1946, le retrait des troupes françaises s’achève avec le départ du dernier contingent français.

En conclusion, nous pouvons dire que l’armée libanaise de l’indépendance, petite et mal équipée, mais bénéficiant d’un entraînement et d’une discipline de fer, va pouvoir assumer ses diverses missions tout au long des trente premières années du Liban indépendant (1945-1975).

La suite de cet article dans le prochain numéro !

Joseph Hokayem - FLSH

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