Cerveau et Ordinateur : Des cousins finalement pas si éloignés

Publié le par Campus-j

Cerveau et Ordinateur : Des cousins finalement pas si éloignés

De l'ascension d’Hitler au pouvoir jusqu’aux atrocités commises par l’Etat Islamique en passant par l'attentat du 11 septembre, que d'événements qui sembleraient évitables. Mais le sont ils vraiment ? Les décisions prises furent-elles spontanées et imprévisibles?

Le cerveau humain a souvent été comparé à un ordinateur. Cependant, il a toujours été ajouté à l’Homme une dimension supplémentaire : le libre arbitre, ou la capacité de prendre des décisions, agir et penser par soi-même. Est-ce une entité créée par l’Homme pour se différencier des animaux et des objets ? Sommes-nous vraiment si différents des machines à calculer ?

Commençons par le commencement. Le cerveau est un organe constitué de milliards de neurones interconnectés et constitue le centre de commande du corps humain. L’ordinateur quant à lui est formé de transistors, équivalents neuroniques de la machine. Ces deux centres de commande fonctionnent de la même façon : ils reçoivent des informations externes, et renvoient leurs commandes par des réseaux de câblages aux centres effecteurs. Toujours est-il, me direz-vous, que l’ordinateur lui, lors d’une prise de décision est incapable de penser par lui-même. Certes, mais comment pouvons-nous être surs que notre cerveau en est capable ?

Selon le principe de Dale, chaque neurone du cerveau libère constamment le même neurotransmetteur chimique, ou la même combinaison de neurotransmetteurs. Il répond donc à des lois strictes et non pas aléatoirement. La encore, le cerveau s’apparente très fortement à la machine ! Pour une stimulation donnée, le cerveau répondra donc toujours de la même façon. Il en découle que nos actions sont déterminées à l’avance, et que nos décisions ne sont pas plus libres que les décisions d’un ordinateur. Comment expliquer cela? Une hypothèse appelée Le Démon de Laplace stipule que « l’univers obéissant à des lois fondamentales, si nous connaissions ces lois et savions la position, la vitesse et la direction de chaque objet et de chaque particule existant dans l’univers, nous serions en mesure de connaître tout le passé et tout l’avenir, puisque tout est déjà déterminé ». Des lors, l’Univers avec toutes ses particules est donc déterministe, c'est-à-dire que le mouvement de toutes les particules le composant n’est pas aléatoire mais parfaitement déterminé. Et notre cher cerveau n’échappe pas à la règle. Comme nous sommes tous faits d’atome, organisés d’une façon extraordinairement complexe par les lois de la physique, notre comportement est également déterminé. Mais, tout comme l’électron, notre comportement est aussi indéterminable, puisqu’il résulte d’une complexité chaotique inhérente. Des lors il est naturel de dire que les décisions prises par notre cerveau sont déterminées. Cependant sont-elles déterminables ? Avec la technologie d’aujourd’hui non, pas encore.

Tout comme notre comportement, nos décisions sont indéterminables. Mais il ne faut pas confondre indéterminable et indéterministe ! Ce n’est pas parce que nous sommes incapables de déterminer les réactions de notre cerveau à l’ avance qu’elles ne sont pas déterminées ! Le cerveau est bel et bien déterministe. Lorsque par exemple une femme décide de manger une barre de chocolat, n’est-elle pas conditionnée physiologiquement, ou influencée par les medias sans en être consciente ? Cette décision n’est-elle pas prise suite a une nécessite biologique de son corps ? Lorsqu’un homme rend visite à un membre de sa famille à l’hôpital, n’est-il pas conditionné psychologiquement et influencé par la maladie d’un proche ? En examinant leur origine profonde, les décisions que nous croyons prendre librement ne sont elles pas conditionnées par un nombre incalculable de facteurs, dont l’existence nous échappe le plus souvent ? Prenons comme exemple la météorologie. La météorologie est déterminée, mais reste indéterminable, en raison d’un nombre infini de facteurs et conditions initiales : les plus légères modifications des conditions initiales provoquent des résultats imprévisibles à long terme. C’est exactement l’histoire du battement d’ailes d’un papillon qui peut provoquer une tempête à l’autre bout de la planète quelque temps après (butterfly effect). De même, les psychiatres disent qu’un événement dans l’enfance peut conditionner le comportement d’un individu à l’âge adulte. N’était-ce pas ici l’effet papillon appliqué à l’échelle humaine ?

Quelle place reste-t-il donc pour le libre arbitre ? Existe-t-il vraiment ? Si oui à quel point sommes nous vraiment libres ?

Jean-Paul SAHAKIAN, FM.

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