Jad Dawaliby, le Tailleur de Mots

Publié le par Campus-j

Jad Dawaliby, le Tailleur de Mots

À une époque où l'art libanais est rarement apprécié, où la productivité artistique stagne dans une marée de reproductions identiques et synthétiques de formules pré-faites, certains artistes – bien que lassés de la scène décevante – poursuivent bravement leurs rêves. Et que dire de ceux qui osent se lancer dans un projet francophone ? Qu'ils misent sur leur voix, leurs textes, leurs mélodies ou parfois même leur charme, ils peinent à franchir les frontières. Heureusement que leur talent est remarqué par la société élitiste libanaise qui ne laisse pas échapper ces petites perles nationales et ambitieuses.

Jad Dawaliby, ce francophone et francophile jusqu’au bout des doigts,  est un mélomane de chansons à texte. Auteur-compositeur-interprète, il est doté d'une voix aérienne et est l'un de ces artistes dont l’album Tailleur de mots reflète déjà par son titre, toutes ses facettes et ses aspirations.
Je suis allé à sa rencontre, tenant à présenter la crème artistique aux USJiens :

Hanna Fahed : La chanson Tailleur de Mots qui, dans votre album du même nom, est le seul titre  dont vous n’êtes pas l’auteur, décrit presque un surhomme. Qui a créé ce surnom ? N’est-t-il pas un peu exagéré ?

Jad Dawaliby : En effet, ce surnom m’a été attribué pour mon choix subtil des mots et ma capacité à orner toute conversation par une citation raffinée. Je ne pourrais faire mon propre éloge ! Un tailleur est avant tout un artisan, un homme de cœur, modeste et passionné, qui façonne son œuvre de ses mains, avec zèle et beaucoup d’amour.

HF : L’amour est un thème prépondérant dans vos chansons, mais on ressent à travers vos textes que vous en avez une vision assez particulière. Qu’est-ce-que l’amour pour vous ?

JD : L’amour, c’est un résidu ! S’il naîtrait, c’est juste après le coup de foudre et les lueurs magistrales qui lui succèdent, mais qui ne durent pas plus longtemps que les étincelles d’un feu d’artifice émis dans une nuit austère. L’amour n’est donc que le souvenir de ce momentum vécu, lorsque la passion était à son pic et lorsque « désir » et « plaisir » se sont manifestés simultanément pour la première fois. Ainsi, la période qui précède l’amour demeure souveraine et ce qui compte n’est point sa durée, mais son intensité. Qu’elle soit couronnée par l’acte charnel ou par une simple conversation, qu’elle s’étale sur quelques heures ou le temps d’un regard, ce sont ces moments, durant lesquels nous nous sentons possédés voire acquis, qui caractérisent cette période. Cependant, même très souvent, le désir s’éteint dès que le plaisir est conquis. Mais ceci n’implique pas que les sentiments n’étaient pas authentiques ; bien au contraire, puisque la splendeur peut se dévoiler en un instant, en une seule nuit et rien que pour une seule nuit. L’amour, c’est lorsque le désir continue à alimenter le désir !

HF : Dans quel état écrivez-vous vos chansons et où trouvez-vous refuge ?

JD : Je me réfugie dans l’exil de ma solitude. C’est surtout la mélancolie qui pousse les mots jusqu’au bout. Et lorsque ma muse est absente, je compte plutôt sur la pluie ! L’hiver ne tarde point.

HF : Avez-vous des dons encore cachés ? Et considéreriez-vous une personne chanceuse ?

JD : Je passe de plus en plus de temps dans ma cuisine. Cuisiner est aussi une forme d’expression. Je recherche souvent les ingrédients rares et exclusifs. Recevoir, discuter, partager, trinquer… Bref, un repas chez moi est une escapade gourmande et culturelle à la fois. Quant à la chance, je pense que je ne suis pas né sous une bonne étoile. C’est avec la sueur de mon front que je la crée.

HF : À votre avis, quelle est la plus belle chanson au monde ?

JD : Cette chanson n’a pas encore vu le jour !

HF : Vos parcours académique mais surtout professionnel sont loin d’être compatibles avec votre carrière musicale. Comment faites-vous pour équilibrer entre vos obligations bureaucratiques et artistiques ?

JD : Nous pouvons réussir plusieurs carrières en une seule vie ! Vu le genre un peu distinctif de mes chansons et par suite la difficulté de trouver une maison de production, j’ai toujours su qu’il fallait que j’excelle rapidement dans mon domaine professionnel (audit interne, gestion des risques et investigation de la fraude) afin d’assurer les fonds nécessaires à l’autoproduction de mon album. Si ma profession m'accomplit, ma passion quant à elle, m'épanouit !

HF : Quelle reconnaissance attendez-vous ?

JD : Pour éviter les déceptions émotionnelles, j’ai appris à ne plus avoir de grands espoirs. Ainsi, j’apprécie mieux les choses quand elles se présentent : les petits mots, les bravos… et pourquoi pas les éloges.

Tailleur de mots est en vente dans toutes les discothèques et disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légales.

Hanna Fahed, FM

Jad Dawaliby, le Tailleur de Mots

Commenter cet article

Jad Dawaliby 30/12/2015 19:43

Mille mercis à Hanna Fahed qui, au cours de cet entretien sans pareil, m’a poussé à exprimer mon opinion sur des thèmes qui vont au-delà de mes chansons et un merci particulier à toute l’équipe de CAMPUS-J.

Guida 29/12/2015 20:04

Bravo Jad