1945 – 1969 : L’armée libanaise de l’indépendance, garante de la souveraineté nationale

Publié le par Campus-j

1945 – 1969 : L’armée libanaise de l’indépendance, garante de la souveraineté nationale

Entre 1945 et 1975, le développement de l’armée est lent du point de vue effectifs, dotations en matériels modernes et organisation. Mais l’armée libanaise a un niveau élevé en ce qui concerne l’entraînement et la discipline.

En 1945, l’armée libanaise est constituée de 3 bataillons de Chasseurs, 2 escadrons de cavalerie, 1 escadron mécanisé, 1 peloton d’automitrailleuses, 2 batteries d’artillerie, 1 compagnie de génie, 1 compagnie de train et des unités antichars, antiaériennes et de transmissions ainsi que des services divers[1].

Suite au premier conflit israélo-arabe de 1948 auquel le Liban prend part aux côtés de ses alliés de la Ligue des Etats Arabes contre Israël, le commandement libanais se rend compte des manques en termes de matériel militaire moderne. Il tente d’y remédier en pratiquant entre 1950 et 1960 une politique de développement de ses moyens humains et de ses moyens matériels. Cette politique va réussir dans bien des endroits, mais va échouer dans d’autres. Ainsi, le développement reste relativement faible du point de vue des effectifs. Nous constatons par exemple que les effectifs de l’armée libanaise n’ont augmenté que de 4% par an. En 1945, il y avait 2672 officiers, sous-officiers et soldats, alors qu’en 1975, nous constatons que l’armée libanaise ne compte que 15000 hommes.

Au niveau du matériel, l’armée libanaise a longtemps utilisé les équipements d’origine française que la puissance mandataire a concédés aux troupes libanaises le 1er août 1945. Ce matériel était déjà ancien et obsolète en 1945. Ce n’est qu’à partir de 1954 que l’armée libanaise renouvelle son équipement en achetant du matériel, ou en acceptant les dons des pays amis. Ces équipements se composent de :

-1 détachement de 17 chars Charioteer d’origine britannique.

-1 détachement de 17 chars M-41 d’origine américaine.

-1 détachement de 17 chars AMX-13 d’origine française.

-1 régiment d’artillerie de 18 canons de campagne de 155 mm.

-1 régiment d’artillerie de 18 canons de campagne de 105 mm.

-Des canons antichars de 106 mm sans recul acquis à petits prix.

-Du matériel de transmission d’origine américaine.

-Des camions et des véhicules divers.

Du point de vue entraînement et formation, le commandement inculque l’une des meilleures formations à l’armée libanaise, officiers, sous-officiers et hommes de troupes compris. L’entraînement militaire fait partie de la vie quotidienne des hommes formant cette armée, afin qu’ils restent prêts à faire face à toute situation délicate. C’est dans ce souci de formation continue que le commandement de l’armée libanaise décide de créer un centre d’instruction qui s’occupe de l’entraînement des soldats, ainsi que d’une école de formation des sous-officiers qui reçoit des volontaires ayant obtenu leur baccalauréat, afin de leur faire subir un entraînement de trois ans au terme desquels ils sortiront avec le grade de sergent. Pour l’entraînement des officiers, le commandement décide de moderniser l’école militaire et de la doter des meilleurs entraîneurs libanais et étrangers.

En 1958, pendant la petite guerre civile qui a lieu au Liban entre ceux qui se réclament du nassérisme et ceux qui prônent la doctrine Eisenhower, au moment où la légalité libanaise est menacée dans sa continuité, l’armée se tient à l’écart refusant d’accorder son appui aux autorités légales. L’armée, dans sa neutralité, cherche à protéger et à sauvegarder plutôt l’Etat et le peuple libanais que son gouvernement[2]. Elle veut sauvegarder l’unité de ses rangs et rester un idéal pour l’expérience communautaire en restant à l’écart de la politique et en appartenant à tout le peuple[3]. La neutralité de l’armée libanaise permet l’élection du général Fouad Chéhab à la présidence de la République.

En 1961, avec le coup d’Etat déclenché par le Parti National Social Syrien (PNSS), la nécessité de renforcer l’armée devient impérieuse. Une fois le coup d’Etat avorté, l’armée est projetée sur la scène politique et commence à exercer son pouvoir de tutelle sur le pouvoir civil, surtout grâce au Deuxième Bureau[4] qui, par son action, consolide le régime du président Chéhab[5]. Quand le général Chéhab veut renforcer l’armée en 1968 pour contrôler les frontières libano-israéliennes, il rencontre beaucoup d’opposition et le plan échoue : on pense que le renforcement de l’armée conduirait inévitablement au renforcement du Deuxième Bureau et à l’extension de son ingérence dans la vie politique. Ce sont donc les abus du Deuxième Bureau pendant le mandat de Fouad Chéhab, mais surtout pendant le mandat de Charles Hélou qui ont pour conséquence l’affaiblissement de l’armée libanaise.

Joseph Hokayem, FLSH

[1] Sami Rihana, op. cit., Tome II, p. 313.

[2] Adel Freiha, L’Armée et l’Etat au Liban (1945-1980), Ed. LGDJ, Paris, 1980, p. 117.

[3] Id. p. 123.

[4] Id., p. 91.

[5] Id., p. 152.

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