Le rendez-vous abstrait

Publié le par Campus-j

Le rendez-vous abstrait

6:40. Il fait encore noir. Le silence pèse lourdement. C'est étrange de pouvoir se lever avant l'aube. Je me dirige machinalement vers ma voiture bleue. Je m'installe dans cette cabine glaciale, posant mon café bien chaud sur la banquette d’à côté, comme ensorcelée par les volutes de fumée qui s’y dégagent. Je pose mes mains crispées sur le volant gelé. Ça fait mal. Je démarre, impossible de faire marche arrière. La radio est toujours branchée sur la station rock d'hier soir. Rapidement, je baisse le son. Ça y est. Elle roule. Pourvu qu'elle tienne bon. Pourvu que je reste concentrée. Pourvu que je ne perde pas des yeux les signaux, le contrôle. Je glisse à nouveau ma main sur la radio. Je commence à changer d'antennes. Prise au dépourvu par une voiture me bloquant la route, je freine sur le champ, épouvantée. C'est bizarre. Je sens que chaque klaxon m’est adressé. Reprenant mes esprits, j'entends fredonner une douce mélodie, familière et sereine. Ah voilà, on commence à chanter. À peine la première note retentie, je reconnais Fairuz. Ça me fait du bien. J’oublie le chaos externe. Fairuz, ça calme. Fairuz, ça donne de la force. Ça émeut aussi. Je roule alors tranquillement, sirotant mon café tout en chantant. C’est alors que je me réveille pour de bon… Ce rendez-vous abstrait avec la passion et le talent me rend productive. Certains trouvent cela cliché. Cependant, il m’est primordial de me projeter dans cette époque, que je ne connais que par les chansons, l’époque de Fairuz qui m’enlise magicalement. Une magie authentique et folle qui a le doux pouvoir de nous ramener à un passé qui n’est pas nécessairement le nôtre. Alors, « allons à la quête de l’authenticité, avant le temps, avant l’amour ».

Maria Abou Mrad-FP

Publié dans Tribune

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