Il était une fois…

Publié le par Campus-j

Il était une fois…

Il était une fois, sur une planète très lointaine, un tout petit pays avec le plus beau paysage qu’on puisse imaginer. Renfermant à la fois des forets vertes, des montagnes couvertes de neige en hiver et des plages ensoleillées en été. Les ruines qui s’y trouvaient laissaient entrevoir sa richesse culturelle et sa grande histoire, lui étant pourtant si petit.

Son peuple était parmi les plus éduqués et, tel un phare, transmettait une lueur d’espoir dans une région de la planète où on ne trouvait qu’obscurantisme et extrémisme religieux. Il ne s’intéressait pas beaucoup à la politique, ce qui s’explique par l’extrême beauté de ce pays où le divertissement et le plaisir étaient la première et la dernière préoccupation des citoyens.

C’est ainsi que ce pays a vu une montée progressive de quelques groupes de personnes, regroupées en familles, qui étaient prêtes à « noblement » délaisser les plaisirs de la vie pour se préoccuper de choses un peu plus sérieuses, notamment la politique. Ces familles géraient donc le pays et se transmettaient le pouvoir de père en fils ou, par défaut de fils, de père en gendre. Le peuple n’aimait pas beaucoup ce féodalisme politique, il trouvait que ça ne faisait que promouvoir la corruption et allait à l’encontre des principes démocratiques. De plus, le pays semblait être très mal géré et les citoyens étaient souvent privés de leurs droits les plus élémentaires, malgré la richesse de ce pays en ressources naturelles.

Les citoyens ont commencé alors à se regrouper pour protester contre ces familles devenues presque royales. Celles-ci, se sentant en danger, durent trouver une manière pour préserver leurs positions de pouvoir (ceci, bien entendu, dans l’unique intérêt du pays). Ces familles pseudo-royales s’étaient alors réunies dans un endroit secret et s’étaient mises d’accord pour semer la peur au sein du peuple, puisque l’éducation et l’intelligence de ce dernier ne vacilleraient que face à la peur.

Le chef d’une de ces familles proposa alors d’utiliser la force contre ceux qui protestaient, de les mettre en prison, de leur infliger les punitions les plus sévères pour avoir osé remettre en cause le régime féodal en place. Un autre suggéra au contraire de récompenser ceux qui restaient fidèles au régime, leur donner les meilleurs postes dans l’Etat et ainsi les dissidents seraient délaissés dans un état de misère et n’auraient même plus le temps de penser à se révolter, puisqu’ils devraient travailler sans cesse pour pouvoir subsister.

Bien que ces deux premières propositions furent retenues et ultérieurement mises en place, c’est le troisième plan d’action qui s’avéra être de loin le plus efficace et fut à la base de la politique intérieur du pays pour les années à venir. L’idée était simple mais sinistre, il fallait bien semer la peur pour contrôler le peuple, mais la crainte des hommes de pouvoir ne pourrait jamais subsister trop longtemps, comme ceci avait déjà été prouvé par la chute inéluctable de tout système dictatorial. Il fallait alors diviser le peuple en des sous-populations reliées par une quelconque qualité, et faire croire à chacune d’entre elles que l’autre veut lui faire du mal. Le peuple ne pourrait jamais alors réellement se réunir contre ces familles et leur mainmise sur le pays sera alors garantie pour l’éternité.

Il ne restait qu’à préciser le critère pour diviser le peuple : alors que la race, le niveau social ou l’origine géographique auraient tous pu être utilisés, il était inéluctable que ces familles choisissent la religion comme critère. Ceci n’était point par amour de Dieu, bien loin de là, mais plutôt par orgueil des Hommes de pouvoirs qui les poussait à vouloir devenir des représentants de(s) Dieu(x) sur la planète. L’idée fut alors mise en place et le résultat fut magnifique : dès qu’un petit groupe de citoyens voulait réclamer un quelconque droit, les politiciens faisaient resurgir les sensibilités intercommunautaires et les citoyens ne se faisaient alors plus assez confiance pour continuer à réclamer leurs droits ensembles.

L’état du pays s’est alors progressivement détérioré : les ruines les plus belles furent détruites, les coupures d’électricité se multiplièrent, les ordures envahirent les rues. Pendant ce temps les familles pseudo-royales, devenues divines, s’enrichissaient de plus en plus, tout en créant sans cesse des sujets de polémiques triviaux et des semblants de conflits entre elles. Enfin, si un citoyen osait demander à un loyaliste comment le pays, qui était pourtant si beau et riche, en était arrivé là, le loyaliste indigné et répugné lui répondait que « si ce n’était pour cette famille on serait tous massacrés par une autre communauté ! Il n’y a qu’eux qui défendent les droits de notre communauté… »

Ziad Bakouny, FM

Publié dans Tribune

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